Rapport entre un symbole et un symptôme 1916-003/1935.fr

Freud, Sigmund (1916-003/1935.fr): Rapport entre un symbole et un symptôme

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  • S.

    Rapport entre un symbole
    et un symptôme1)

    Par Sig. FREUD
    Trad. par Paul JURY

    Que le chapeau soit un symbole sexuel, et spécialement un sym-
    bole du membre viril, c’est un fait établi par la pratique de l’ana-
    lyse des rêves2). Mais on ne saurait prétendre que ce soit là un
    symbole qui va de soi. Dans les fantasmes, comme dans la multi-
    tude des symptômes, la tête apparaît aussi comme un symbole du
    membre viril ou, si l’on veut, son substitut. Plus d’un analyste a
    dû observer que ses obsédés manifestent à l’égard de la décapita-
    tion un dégoût et une opposition particulière plus grande que pour
    tout autre genre de mort. Et ces analystes auront eu l’occasion
    d’expliquer à ces patients qu’ils traitent la décapitation comme un
    substitut de la castration. Parmi les analyses de rêves de per-
    sonnes jeunes ou d’adultes dans leur jeunesse, combien en a-t-on
    rapportées qui concernaient le thème de la castration, et où il était
    question d’une boule qu’il fallait interpréter comme la tête du père.
    J’ai brièvement expliqué un cérémonial du coucher, dans lequel il
    fallait que le petit oreiller de tête fût placé en losange sur l’autre
    oreiller, et que la tête de la dormeuse reposât exactement dans le
    plus long diamètre du losange. Le losange avait la signification
    bien connue qu’on lui donne couramment dans les graffiti qu’on
    voit sur les murs. La tête représentait le membre viril3).
    Il se pourrait que l’importance symbolique du chapeau dérivât
    de celle de la tête, pour autant que l’on considère le chapeau comme
    un prolongement de la tête, mais susceptible d’être enlevé. De ce
    point de vue, je me souviens d’un symptôme, chez des névrosés

    1)Cf. Neurosenlehre (1913–1924), p. 21–23.

    2)Cf. FREUD : Science des Rêves, ch. VI, 95 (p. 322 de la trad. fr.). Voir les
    références qui y sont données (N. du T.).

    3)Cf. FREUD : Introduction à la psychanalyse, ch. XVII, p. 286 et ss. Payot,
    Paris (N. du T.).

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    obsessionnels, qui leur causait des tourments continuels. Ils sont
    tout le temps à guetter dans la rue si une personne de leur connais-
    sance leur tire, la première, son chapeau, ou si, au contraire, elle
    paraît attendre leur salut. Ils rompent ainsi avec bien des relations,
    dès qu’ils découvrent que ces passants ne les saluent plus ou n’ont
    pas répondu avec une suffisante politesse à leur salut. Ils ne mettent
    pas de fin à ces contestations sur le salut, qu’ils conçoivent d’ail-
    leurs à leur façon et à leur fantaisie. Or, on ne change rien à leur
    manière de faire en leur démontrant, ce qu’ils savent parfaitement
    sans cela, qu’enlever son chapeau pour saluer est une façon de
    s’abaisser devant ceux qu’on salue, que, par exemple, un grand
    d’Espagne jouissait du privilège de rester la tête couverte en pré-
    sence du roi, et que leur susceptibilité en matière de salut n’a, dès
    lors, d’autre sens que de ne pas vouloir se mettre au-dessous de ce
    que l’autre pense être. La résistance de leur sensibilité à l’égard
    d’une pareille explication permet de présumer qu’agit ici un motif
    qui n’est pas parvenu à la conscience, et que la raison de ce renfor-
    cement pourrait facilement se trouver en rapport avec le complexe
    de castration.