[Brief an Maxime Leroy über einen Traum des Cartesius] 1929-071/1929

Freud, Sigmund (1929-071/1929): [Brief an Maxime Leroy über einen Traum des Cartesius]

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    « En prenant connaissance de votre lettre me priant
    d’examiner quelques rêves de Descartes, mon premier
    sentiment fut une impression d’angoisse, car travailler sur
    des rêves sans pouvoir obtenir du rêveur lui-même des
    indications sur les relations qui peuvent les relier entre
    eux ou les rattacher au monde extérieur – et c’est bien
    le cas lorsqu’il s’agit des rêves de personnages historiques –
    ne donne, en règle générale, qu’un maigre résultat. Par la
    suite, ma tâche s’est révélée plus facile que je ne m’y
    attendais; pourtant le fruit de mes recherches vous appa-
    raîtra sans doute beaucoup moins important que vous
    n’étiez en droit de l’espérer.

    « Les rêves de notre philosophe sont ce que l’on appelle
    des « rêves d’en haut » (Träume von Oben), c’est-à-dire
    des formations d’idées qui auraient pu être créées aussi
    bien pendant l’état de veille que pendant l’état de som-
    meil et qui, en certaines parties seulement, ont tiré leur
    substance d’états d’âme assez profonds. Aussi ces rêves
    présentent-ils le plus souvent un contenu à forme abs-
    traite, poétique ou symbolique.

    « L’analyse de ces sortes de rêves nous amène communé-
    ment à ceci : nous ne pouvons pas comprendre le rêve;
    mais le rêveur – ou le patient – sait le traduire immédia-
    tement et sans difficulté, étant donné que le contenu du
    rêve est très proche de sa pensée consciente. Il reste alors
    encore quelques parties du rêve au sujet desquelles le
    rêveur ne sait que dire : ce sont, précisément, les parties
    qui appartiennent à l’inconscient et qui, sous bien des
    rapports, sont les plus intéressantes.

    « Dans le cas le plus favorable, on explique cet incons-
    cient en s’appuyant sur les idées que le rêveur y a ajou-
    tées.

    « Cette façon de juger les « rêves d’en haut » (et il faut

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    entendre ce terme dans le sens psychologique, et non dans
    le sens mystique) est celle qu’il y a lieu d’observer dans le
    cas des rêves de Descartes.
    « Notre philosophe les interprète lui-même et, nous con-
    formant à toutes les règles de l’interprétation des rêves –
    nous devons accepter son explication, mais il faut ajouter
    que nous ne disposons pas d’une voie qui nous conduise
    au delà.
    « Confirmant son explication, nous dirons que les en-
    traves qui empêchent Descartes de se mouvoir avec liberté
    nous sont exactement connues : c’est la représentation,
    par le rêve, d’un conflit intérieur. Le côté gauche est la
    représentation du mal et du péché et le vent celle du
    « mauvais génie » (animus).
    « Les différentes personnes qui se présentent dans le rêve
    ne peuvent naturellement être identifiées par nous, bien
    que Descartes, questionné, n’eût pas manqué de les iden-
    tifier. Quant aux éléments bizarres, peu nombreux d’ail-
    leurs, et presqu’absurdes, comme, par exemple, « le melon
    d’un pays étranger », et les petits portraits, ils restent
    inexpliqués.
    « Pour ce qui est du melon, le rêveur a eu l’idée (origi-
    nale) de figurer de la sorte « les charmes de la solitude, mais
    présentés par des sollicitations purement humaines ». Ce
    n’est certainement pas exact, mais ce pourrait être une
    association d’idées qui mènerait sur la voie d’une explica-
    tion exacte. En corrélation avec son état de péché, cette
    association pourrait figurer une représentation sexuelle,
    qui a occupé l’imagination du jeune solitaire.
    « Sur les portraits, Descartes ne donne aucun éclair-
    cissement. »
    Le professeur Freud a examiné ces rêves dans leur
    détail, mais il n’a pu les expliquer, son système compor-