P R É F A C E
C’est avec un grand plaisir que je puis déclarer au public que le présent travail du Dr de Saussure est une œuvre de valeur et de mérite. Cet ouvrage est fait pour donner aux lecteurs français une idée juste de ce qu’est la psychanalyse et de ce qu’elle contient.
Le Dr de Saussure n’a pas seulement consciencieusement étudié mes œuvres, mais encore il a fait le sacrifice de venir chez moi pour se soumettre à une analyse durant plusieurs mois. Cela lui a permis de se faire une opinion personnelle sur la plupart des questions encore flottantes de la psychanalyse. Grâce à cela, il a également pu éviter les multiples erreurs et les nombreux à-peu-près que l'on est habitué à trouver dans les exposés français et allemands de la psychanalyse. Il n’a pas omis non plus de contredire certaines affirmations fausses ou négligentes que divers auteurs répètent de l'un à l'autre, ainsi, par exemple, que tous les rêves auraient une signification sexuelle, ou que la seule force vive de notre psychisme serait, selon moi, la libido sexuelle.
Étant donné que le Dr de Saussure dit dans sa préface que j'ai corrigé son travail, je dois ajouter une restriction; c’est que mon influence ne s'est fait sentir que par quelques rectifications ou quelques remarques, mais qu'en aucune manière je n'ai cherché à modifier le point de vue de l'auteur.
Dans la première partie théorique de cet ouvrage, j’aurais exposé certains sujets un peu différemment de lui, notamment ce difficile chapitre sur l’inconscient et le préconscient. Et avant tout, j’aurais donné un développement plus important au complexe d’Œdipe.
Le beau rêve que le Dr Odier a mis à la disposition de l’auteur peut aussi donner aux laïques une idée de la richesse des associations et du rapport qu’il y a entre le contenu manifeste de l’image onirique et les idées latentes sous‑jacentes. Il démontre bien la signification que peut avoir l’analyse d’un tel rêve pour le traitement du malade.
Enfin, les remarques que l’auteur fait sur la technique de la psychanalyse sont excellentes. Elles sont exactes et, malgré leur concision, elles ne laissent de côté rien d’essentiel. Elles sont un témoignage éclatant de la compréhension très fine dont a fait preuve l’auteur. Le lecteur ne devra cependant pas se représenter que la seule connaissance de ces règles de technique serait suffisante pour entreprendre une analyse.
Aujourd’hui, la psychanalyse commence à éveiller dans une plus large mesure l'intérêt des professionnels et des laïques de France, mais elle ne trouvera certainement pas, dans ces milieux, moins de résistance qu’elle n’en a rencontré jusqu’ici dans d’autres pays.
Puisse le livre du Dr Saussure apporter une importante contribution à l’éclaircissement des discussions précitées.
FREUD.
Vienne, février 1922.