Le moi et le soi1923-003/1927.fr
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    CHAPITRE II

    LE MOI ET LE SOI

    Les recherches pathologiques ont, d’une façon trop exclu-
    sive, orienté notre attention vers ce qui est refoulé. Nous
    voudrions connaître un peu mieux le moi, depuis que nous
    savons qu’il peut, lui aussi, être inconscient, au sens propre du
    mot. Jusqu’à présent, nous avons eu pour seul point de repère,
    dans nos recherches, la qualité consciente ou inconsciente des
    éléments psychiques. Mais nous avons fini par nous rendre
    compte que c’était là une qualité aux significations multiples.

    Or, tout notre savoir est toujours lié à la conscience. Nous
    ne pouvons connaître l’inconscient lui-même qu’en le ren-
    dant conscient. Mais, halte-là : comment cela est-il possible?
    Que signifie: « rendre quelque chose conscient ? » Comment
    s’y prend-t-on pour obtenir ce résultat?

    Nous savons déjà à quel point de départ nous devons nous
    attacher pour répondre à ces questions. La conscience, avons-
    nous dit, forme la surface de l’appareil psychique ; autre-
    ment dit, nous voyons dans la conscience une fonction que
    nous attribuons à un système qui, au point de vue spatial,
    est le plus proche du monde extérieur. Cette proximité
    spatiale doit être entendue non seulement au sens fonction-
    nel, mais aussi au sens anatomique 1). Aussi nos re-
    cherches doivent-elles, à leur tour, prendre pour point de
    départ cette surface qui correspond aux perceptions.

    Sont conscientes en principe toutes les perceptions qui
    viennent de l’extérieur (perceptions sensibles) ; et sont égale-
    ment conscientes ce que nous appelons sensations et senti-
    ments.

    1)Voir Au delà du principe du plaisir.

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    ments qui viennent du dedans. Mais que dire de ces proces-
    sus internes que nous réunissons sous le nom lâche et impré-
    cis de « processus intellectuels » ? Devons-nous les concevoir
    comme des déplacements de l’énergie psychique qui, se pro-
    duisant à l’intérieur de l’appareil psychique et empruntant les
    trajets qui mènent à l’action, parviennent à la surface où se
    forme la conscience ? Ou bien est-ce la conscience qui se
    dirige vers eux, pour s’y associer et s’y combiner ? Nous
    ferons remarquer qu’on se trouve ici en présence de l’une des
    difficultés auxquelles on se heurte lorsqu’on prend trop au
    sérieux la représentation spatiale, topique des faits psy-
    chiques. Les deux éventualités sont également difficiles à
    concevoir ; il doit y en avoir une troisième.

    J’avais déjà formulé ailleurs 1) l’opinion d’après laquelle
    la différence réelle entre une représentation inconsciente
    et une représentation préconsciente (idée) consisterait en ce
    que celle-là se rapporte à des matériaux qui restent inconnus,
    tandis que celle-ci (la préconsciente) serait associée à une
    représentation verbale. Première tentative de caractériser l’in-
    conscient et le préconscient autrement que par leurs rapports
    avec la conscience. A la question : « Comment quelque chose
    devient-il conscient ? » on peut substituer avec avantage
    celle-ci : « comment quelque chose devient-il précons-
    cient ? ». Réponse : grâce à l’association avec les représenta-
    tions verbales correspondantes.

    Ces représentations verbales sont des traces mnèmiques :
    elles furent jadis des perceptions et peuvent, comme toutes
    les traces mnèmiques, redevenir conscientes. Avant que nous
    abordions l’analyse de leur nature, une hypothèse s’impose à
    notre esprit : ne peut devenir conscient que ce qui a déjà
    existé à l’état de perception consciente ; et, en dehors des sen-
    timents, tout ce qui, provenant du dedans, veut devenir cons-
    cient, doit chercher à se transformer en une perception exté-
    rieure, transformation qui n’est possible qu’à la faveur des
    traces mnèmiques.

    1)Das Unbewusste, « Internationale Zeitschr. f. Psychoanalyse »,
    III. 1915 et « Sammlung Kleiner Schriften zur Neurosenlehre », 4, Folge.
    1918.

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    Ces traces mnémiques, nous les imaginons enfermées dans
    des systèmes, en contact immédiat avec le système percep-
    tion-conscience, en sorte que leurs charges psychiques
    peuvent facilement se propager aux éléments de ce dernier.
    Et, à ce propos, on pense aussitôt aux hallucinations et au
    fait que le souvenir même le plus vif se laisse encore distin-
    guer aussi bien de l’hallucination que de la perception exté-
    rieure, et on en a trouvé sans peine l’explication dans le fait
    que lors de la reviviscence d’un souvenir la charge psychique
    ne quitte pas le système dont le souvenir fait partie, tandis
    que dans le cas de l’hallucination, qui se laisse difficilement
    distinguer d’une perception, la charge ne se propage pas seule-
    ment de la trace mnémique au système perception-conscience,
    mais s’y transporte tout entière.

    Les traces verbales proviennent principalement des percep-
    tions acoustiques, lesquelles représentent ainsi comme une
    réserve spéciale d’éléments sensibles à l’usage du précons-
    cient. Quant aux éléments visuels des représentations ver-
    bales, on peut les négliger, comme étant de nature secon-
    daire, acquis par la lecture ; et nous en dirons autant des
    images motrices des mots qui, sauf chez les sourds-muets,
    jouent un rôle de simples signes auxiliaires. A proprement
    parler, le mot prononcé n’est que la trace mnémique du mot
    entendu.

    Loin de nous l’idée de rabaisser, par amour de la simplifi-
    cation, l’importance des restes mnémiques d’ordre optique ou
    de nier que des processus intellectuels ne puissent devenir
    conscients grâce au retour aux restes visuels. Nous conve-
    nons même que chez beaucoup de personnes c’est surtout à
    la faveur de la visualisation que la pensée devient consciente.
    Or, l’étude des rêves et des fantaisies préconscientes, d’après
    les observations de J. Varendock, est de nature à nous
    donner une idée assez exacte de cette pensée visuelle, en nous
    montrant que ce sont surtout les matériaux concrets des idées
    qui, dans la pensée visuelle, deviennent conscients, tandis
    que les relations, qui caractérisent plus particulièrement les
    idées, ne se prêtent pas à une expression visuelle. Les images
    constituent donc un moyen très imparfait de rendre la pensée

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    LE MOI ET LE SOI

    consciente, et l’on peut dire que la pensée visuelle se rap-
    proche davantage des processus inconscients que la pensée
    verbale et est plus ancienne que celle-ci, tant au point de vue
    phylogénique qu’ontogénique.

    Si, pour en revenir à notre sujet, telle est la voie qui conduit
    de l’inconscient au préconscient, la question : « Comment
    pouvons-nous amener à la (pré) conscience des éléments
    refoulés ? » reçoit la réponse suivante : « En rétablissant par
    le travail analytique ces membres intermédiaires précons-
    cients que sont les souvenirs verbaux ». C’est ainsi que la
    conscience reste à sa place, de même que l’inconscient n’a pas
    besoin de quitter la sienne pour aller rejoindre la conscience.

    Alors que les rapports existant entre la perception exté-
    rieure et le moi sont patents et évidents, ceux qui rattachent
    la perception interne au moi exigent un examen spécial. A
    leur sujet, on est tenté de se demander si on est vraiment en
    droit de rattacher toute la conscience au seul système super-
    ficiel « perception-conscience ».

    La perception interne fournit des sensations en rapport
    avec des processus se déroulant dans les couches les plus
    diverses, voire les plus profondes, de l’appareil psychique.
    Ces sensations sont peu connues, celles de plaisir et de
    déplaisir pouvant être considérées comme leur meilleur
    modèle. Elles sont plus primitives, plus élémentaires que
    celles provenant de l’extérieur et peuvent se produire même
    dans des états troubles de la conscience. J’ai insisté ailleurs
    sur leur grande importance économique et sur les raisons
    métapsychologiques de celle-ci. Ces sensations sont multi-
    loculaires comme les perceptions extérieures, elles peuvent
    venir simultanément des points les plus différents et posséder
    des qualités opposées.

    Les sensations agréables n’ont en elles-mêmes aucun
    caractère de contrainte ou d’insistance, tandis que les sensa-
    tions désagréables possèdent ce caractère au plus haut degré.
    Elles tendent à imposer des modifications, elles cherchent à
    se décharger par tous les moyens, et c’est pourquoi nous
    disons que le déplaisir est caractérisé par une augmentation,
    le plaisir par une diminution de la charge énergétique. Si ce

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    qui est éprouvé comme déplaisir ou plaisir forme, dans la
    succession des faits psychiques, quelque chose qui, tant au
    point de vue quantitatif que qualitatif, diffère de ces sensa-
    tions elles-mêmes, nous voudrions savoir si ce quelque chose
    peut devenir conscient sur place ou s’il doit, pour devenir
    conscient, parvenir au système C (conscience).

    L’expérience clinique parle en faveur de cette dernière
    éventualité. Elle montre que ce « quelque chose » se com-
    porte comme une velléité refoulée. Cette velléité peut cher-
    cher à se manifester en déployant des forces motrices, sans
    que le moi s’aperçoive de la contrainte qu’il subit. Pour deve-
    nir consciente, sous la forme d’une sensation pénible ou
    désagréable, cette velléité doit, dans la contrainte qu’elle
    exerce, se heurter à une résistance, à des obstacles qui s’op-
    posent à sa réaction de décharge. De même que les tensions
    produites par les besoins, la douleur, ce chaînon intermé-
    diaire entre la perception interne et la perception externe, qui
    se comporte comme une perception interne, alors même
    qu’elle a sa source dans le monde extérieur, peut également
    rester inconsciente. Il est donc exact de dire que même des
    sentiments et des sensations, pour devenir conscients, doivent
    parvenir au système C. Si le chemin est barré, ils ne sont pas
    éprouvés en tant que sentiments et sensations, bien que le
    « quelque chose » qui leur correspond demeure invariable
    dans le déroulement de l’excitation. Par abréviation, et d’une
    façon qui n’est pas tout à fait correcte, nous parlons alors de
    sensations inconscientes et nous insistons sur leur analogie
    avec les représentations inconscientes, ce qui n’est pas tout à
    fait justifié. La différence entre les unes et les autres consiste
    notamment en ce que, pour amener à la conscience une
    représentation inconsciente, il faut créer un certain nombre
    d’anneaux, d’étapes intermédiaires, tandis que les sensations
    se propagent directement. Et d’autres termes : la distinction
    entre le conscient et le préconscient ne se pose pas pour les
    sensations : une sensation est ou consciente ou inconsciente,
    mais jamais préconsciente. Alors même qu’une sensation est
    associée à des représentations verbales, elle devient cons-
    ciente, non grâce à ces représentations, mais directement.

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    Nous voilà tout à fait fixés sur le rôle des représentations
    verbales. Par leur intermédiaire, les processus intellectuels
    internes deviennent des perceptions. On dirait qu’elles ne
    sont là que pour servir de preuve à la proposition : toute
    connaissance provient de la perception externe. Lorsque la
    pensée est en état de surcharge, les idées sont réellement
    perçues comme venant du dehors et, pour cette raison, consi-
    dérées comme vraies.

    Après avoir ainsi élucidé les rapports existant entre la per-
    ception externe, la perception interne et le système superficiel
    « perception-conscience », nous pouvons essayer de donner
    une forme plus achevée à notre représentation du moi. Nous
    le voyons se former à partir du système P (perception), qui
    en constitue comme le noyau, et comprendre d’abord le pré-
    conscient qui s’appuie sur les traces mnèmiques. Nous sa-
    vons cependant que le moi est également inconscient.

    Je crois que nous aurions tout profit à suivre les sugges-
    tions d’un auteur qui, pour des motifs personnels, voudrait
    nous persuader, sans y réussir, qu’il n’a rien à voir avec la
    science rigoureuse et élevée. Cet auteur n’est autre que
    C. Groddeck qui ne se lasse pas de répéter ce que nous
    appelons notre moi se comporte dans la vie d’une façon toute
    passive, que nous sommes, pour nous servir de son expres-
    sion, vécus par des forces inconnues, échappant à notre maî-
    trise 1). Nous avons tous éprouvé des impressions de ce
    genre, bien que nous n’en ayons pas toujours subi l’influence
    au point de devenir inaccessibles à toute autre impression, et
    nous n’hésitons pas à accorder à la manière de voir de
    Groddeck la place qui lui revient dans la science. Je propose

    d’en tenir compte en appelant moi l’entité qui a son point de
    départ dans le système P et qui est, en premier lieu, pré-
    conscient, et en réservant la dénomination soi à tous les
    autres éléments psychiques dans lesquels le moi se prolonge
    en se comportant d’une manière inconsciente 2).

    1)G. Groddeck, Das Buch vom Es, Internat. psychoanalyt. Verlag, 1923.

    2)Groddeck lui-même s’est inspiré, à cet égard, de l’exemple de
    Nietzsche qui emploie cette expression grammaticale pour désigner ce
    qu’il y a d’impersonnel, de soumis aux nécessités naturelles dans notre
    être.

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    Nous ne tarderons pas à voir dans quelle mesure cette
    conception peut nous être utile pour la description et la com-
    préhension des faits qui nous intéressent. Un individu se
    compose ainsi pour nous d’un soi psychique, inconnu et
    inconscient, auquel se superpose le moi superficiel, émanant
    du système P comme d’un noyau. Pour donner de ces rap-
    ports une représentation pour ainsi dire graphique, nous
    dirons que le moi ne recouvre le soi que par sa surface for-
    mée par le système P, à peu près comme le disque germinal
    recouvre l’œuf. Il n’existe pas entre le moi et le soi de sépa-
    ration tranchée, surtout dans la partie inférieure de celui-là,
    où ils tendent à se confondre.

    Remarques
    sur le moi
    de Kippe

    Mais ce qui est refoulé se confond également avec le soi,
    dont il n’est qu’une partie. C’est par l’intermédiaire du soi
    que les éléments refoulés peuvent communiquer avec le moi
    dont ils sont nettement séparés par les résistances qui
    s’opposent à leur apparition à la surface. Nous voyons aussi-
    tôt que presque toutes les distinctions que nous venons de
    décrire, en suivant les suggestions de la pathologie, ne se
    rapportent qu’aux couches superficielles, les seules que nous
    con-
    naissions, de l’appareil psychique. Voici un dessin
    schématique destiné à donner une illustration concrète de
    ces rapports, mais qu’on aurait tort de considérer comme
    un essai d’interprétation. Pour rester fidèle aux données
    de l’anatomie cérébrale, nous avons coiffé le moi d’une sorte
    de calotte posée obliquement.

    La naissance du moi et sa séparation du soi dépendent
    encore d’un autre facteur que l’influence du système P. Le
    propre corps de l’individu et, avant tout, sa surface consti-
    tuent une source d’où peuvent émaner à la fois des perceptions
    externes et des perceptions internes. Il est considéré comme
    un objet étranger, mais fournit au toucher deux variétés de
    sensations, dont l’une peut être assimilée à une perception
    interne. La psychophysiologie a d’ailleurs suffisamment
    montré comment notre propre corps se dégage du monde des
    perceptions. La douleur semble jouer, elle aussi, un rôle
    important dans ce processus et la manière dont, dans les
    maladies douloureuses, nous acquérons une nouvelle con-
     

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    naissance de nos organes est peut-être de nature à nous
    donner une idée de la manière dont nous nous élevons à la
    représentation de notre corps en général.

    Il est facile de voir que le moi est une partie du soi ayant
    subi des modifications sous l’influence directe du monde exté-
    rieur, et par l’intermédiaire de la conscience-perception. Il
    représente, dans une certaine mesure, un prolongement de la
    différenciation superficielle. Il s’efforce aussi à étendre sur
    le soi et sur ses intentions l’influence du monde extérieur, à
    substituer le principe de la réalité au principe du plaisir qui
    seul affirme son pouvoir dans le soi. La perception est au
    moi ce que l’instinct et l’impulsion instinctive sont au soi. Le
    moi représente ce qu’on appelle la raison et la sagesse, le soi,
    au contraire, est dominé par les passions. Tout cela s’accorde
    avec les distinctions courantes et bien connues, mais ne doit
    être pris que d’une façon très générale et considéré comme
    étant d’une exactitude purement virtuelle.

    L’importance fonctionnelle du moi consiste en ce que,
    d’une façon normale, c’est lui qui contrôle les avenues de la
    motilité. Dans ses rapports avec le soi, on peut le comparer
    au cavalier chargé de maîtriser la force supérieure du cheval,
    à la différence près que le cavalier domine le cheval par ses
    propres forces, tandis que le moi le fait avec des forces
    d’emprunt. Cette comparaison peut être poussée un peu plus
    loin. De même qu’au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du
    cheval, il ne reste souvent qu’à le conduire là où il veut aller,
    de même le moi traduit généralement en action la volonté
    du soi comme si elle était sa propre volonté.

    Le moi est avant tout une entité corporelle, non seulement
    une entité toute en surface, mais une entité correspondant à
    la projection d’une surface. Pour nous servir d’une analogie
    anatomique, nous le comparerions volontiers au « man-
    nequin cérébral » des anatomistes, placé dans l’écorce céré-
    brale, la tête en bas, les pieds en haut, les yeux tournés en
    arrière et portant la zone du langage à gauche.

    Les rapports entre le moi et la conscience ont été souvent
    décrits, mais quelques faits importants méritent d’être signa-
    lés à nouveau. Habitués à introduire partout le point de vue

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    de la valeur sociale ou morale, nous ne sommes pas surpris
    d’entendre dire que les passions inférieures ont pour arène
    l’inconscient, et nous sommes persuadés que les fonctions
    psychiques pénètrent dans la conscience d’autant plus facile-
    ment et sûrement que leur valeur sociale ou morale est plus
    grande. Mais l’expérience psychanalytique nous montre que
    cette manière de voir repose sur une erreur ou sur une illu-
    sion. Nous savons, en effet, d’une part, que même un travail
    intellectuel difficile et délicat et qui, dans des conditions
    ordinaires, exige une grande concentration de la pensée, peut
    s’accomplir dans le préconscient, sans parvenir à la cons-
    cience. Il s’agit là de cas dont la réalité est au-dessus de
    toute contestation, de cas qui se produisent, par exemple,
    dans l’état de sommeil et se manifestent par le fait qu’une
    personne retrouve au réveil la solution d’un problème diffi-
    cile, mathématique ou autre, qu’elle avait cherchée en vain
    à l’état de veille 1).

    Mais nous pouvons citer un autre fait, beaucoup plus
    étrange. Nous constatons au cours de nos analyses qu’il y a
    des personnes chez lesquelles l’attitude critique à l’égard de
    soi-même et les scrupules de conscience, c’est-à-dire des
    fonctions psychiques auxquelles s’attache certainement une
    valeur sociale et morale très grande, se présentent comme
    des manifestations inconscientes et, comme telles, se
    montrent d’une très grande efficacité ; le caractère inconscient
    de la résistance que les malades opposent au cours de l’ana-
    lyse ne constitue donc pas la seule manifestation de ce genre.
    Mais ce fait nouveau, qui nous oblige, malgré l’affinement de
    notre sens critique, à parler d’un sentiment de culpabilité
    inconscient, est de nature à aggraver l’embarras que nous
    éprouvons déjà du fait de la résistance inconsciente et à nous
    mettre en présence de nouvelles énigmes, surtout lorsque
    nous en venons à nous assurer peu à peu que dans un grand
    nombre de névroses ce sentiment de culpabilité inconscient
    joue, au point de vue économique, un rôle décisif et oppose

    1)Un cas de ce genre m’a été communiqué récemment, et à titre
    d’objection contre ma description du « travail de rêve ».

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    à la guérison les plus grands obstacles. Pour en revenir à
    notre échelle de valeurs, nous pouvons donc dire : ce n’est
    pas seulement ce qu’il y a de plus profond en nous qui peut
    être inconscient, mais aussi ce qu’il y a de plus élevé. Nous
    avons là comme une nouvelle démonstration de ce que nous
    avons dit plus haut au sujet du moi conscient, à savoir qu’il
    ne représente que notre corps.