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Il est clair que tous ces mouvements
qui agitent l'enfant sont des obstacles
à son sommeil. Qui ne connaît la
joyeuse histoire du méchant garçon
qui, s'éveillant la nuit, se met à hurler
pour faire venir le rhinocéros ? Un
enfant sage, au lieu de hurler, aurait
rêvé qu'il voyait le rhinocéros et
jouait avec lui. Le rêve, qui montre à
l'enfant son désir réalisé, trouve crédit
auprès de lui pendant son sommeil ;
le désir étant satisfait, le sommeil
continue. Il va sans dire que si l'enfant
ajoute foi à son image de rêve c'est
que celle-ci revêt les formes de la vrai-
semblance, et que, d'autre part, l'es-
prit de l'enfant manque encore de la
faculté qu'il aura acquise plus tard de
discerner son imagination et ses hallu-
cinations d'avec la réalité.
L'adulte, lui, a appris à faire cetteS.
148
distinction. Il a compris de même
qu’il est inutile de former des sou-
haits et sait par expérience qu’il vaut
mieux contenir ses ambitions jusqu’au
moment où, par des voies détournées
et grâce à des circonstances plus favo-
rables, il leur sera permis de se satis-
faire. Il en résulte que dans le som-
meil de l’adulte les réalisations directes
de désirs se présentent rarement,
peut–être même jamais, et que le
rêve adulte qui nous paraît être du
type infantile se révèle à l’examen
comme un problème infiniment com-
pliqué. C’est pourquoi, chez l’adulte
– chez tout adulte normal sans excep-
tion – il se produit une différencia-
tion des matériaux psychiques qui
n’existe pas chez l’enfant. Une fonc-
tion se réalise en lui, fonction qui
s’alimente de l’expérience de la vieS.
149
et exerce jalousement sur tous ses
mouvements d’âme une influence de
répression et d’inhibition. Par ses
rapports avec la conscience et avec
l’activité volontaire, cette fonction est
investie d’un pouvoir considérable sur
toute la vie psychique de l’adulte ;
or, elle condamne comme impropres
et superflues beaucoup de tendances
infantiles, mettant ainsi en état de
refoulement toutes les manières de
penser et de sentir qui dérivent de ces
tendances.Mais dès le moment que cette
fonction, dans laquelle nous recon-
naissons notre moi normal, cède à la
nécessité du sommeil, nous la voyons
forcée par les conditions psychophy-
siologiques où se produit celui-ci,
de relâcher sa surveillance et d’op-
poser une énergie très réduite à l’in-S.
150
trusion des matériaux refoulés. Ce
relâchement en soi importe peu, il n’y
aurait pas grand mal à ce que les
tendances infantiles refoulées se don-
nassent momentanément carrière.
Seulement, tant que durera le som-
meil, elles ne trouveront d’issue ni
dans la pensée consciente ni dans
l’activité motrice ; elles ne peuvent
donc que devenir un danger pour le
sommeil, et c’est à ce danger qu’il
s’agit de parer. Il nous faut admettre ici
qu’aux heures mêmes où nous sommes
profondément endormis une certaine
somme d’attention libre reste dispo-
nible ; elle fait office de veilleur pour
le cas où il y aurait intérêt pour nous
à interrompre notre somme ; comment
expliquer sans cela que – comme le
fait observer le vénérable physiolo-
giste Burdach – chacun de nousS.
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pendant son sommeil reste sensible à
certaines excitations sensorielles qui
le touchent spécialement : la mère au
vagissement de son enfant, le meunier
à un arrêt du bruit de son moulin, et
tous les hommes en général à l’appel
de leur nom ? Cette attention tou-
jours en éveil se tourne aussi vers les
excitations internes produites par les
désirs refoulés, et, de celles-ci, elle
fait le rêve c’est-à-dire, comme nous
l’avons dit plus haut, un compromis
qui satisfait à la fois deux tendances.
Le rêve est en quelque sorte la dé-
charge psychique d’un désir en état
de refoulement, puisqu’il présente ce
désir comme réalisé ; et il satisfait
du même coup l’autre tendance en
permettant au dormeur de poursuivre
son somme. Notre « moi » se conduit
en cela comme un enfant, il aimeS.
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mieux croire aux images du rêve :
« Oui, oui » semble-t-il dire, « tu as
raison, mais laisse-moi dormir. » Le
jugement méprisant que nous por-
tons à l’état de veille sur le rêve, sur
son incohérence et son manque de
logique, c’est le même sans doute que
porte notre « moi » endormi sur les
produits du refoulement ; mépris
d’autant mieux fondé, que ces pertur-
bateurs du sommeil n’arrivent pas à
nous mettre en mouvement. Nous en
restons conscients pendant notre som-
meil même, car quand les images du
rêve s’affranchissent par trop de la
censure nous pensons : « Bah ! ce
n’est qu’un rêve ! » et nous conti-
nuons à dormir.On nous objectera qu’il y a des cas,
par exemple celui du rêve d’angoisse,
où le rêve est impuissant à préserverS.
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S.
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Le rêve et son interprétation1901-001/1925.fr